Quand le regard des autres nous fait taire
Comment la stigmatisation influence notre rapport à la santé mentale
Publié le 28 août 2026
On évoque assez facilement une douleur au dos, une fatigue persistante ou une tension trop haute. Mais dire que l'on ne va pas bien intérieurement reste souvent plus difficile. L'angoisse serre, la tristesse dure, le sommeil se dérègle, et pourtant on attend. On minimise. On se dit que cela va passer. Parfois, on renonce même à demander de l'aide.
Ce silence ne vient pas seulement de la souffrance elle-même. Il est aussi lié au regard porté sur les troubles psychiques. Dans notre société, même lorsque la santé mentale est affichée comme une priorité publique, elle reste entourée de représentations tenaces. On associe encore trop souvent la souffrance psychique à la fragilité, à la faiblesse, à l'instabilité, ou à quelque chose dont il faudrait avoir honte [2].
Une frontière invisible
La stigmatisation fonctionne ainsi. Elle trace une frontière invisible entre celles et ceux qui iraient bien, et celles et ceux qui seraient à part [3]. Cette frontière est pourtant fausse car nous avons tous une santé mentale qui varie au fil de la vie, selon les événements traversés, les ressources disponibles, les liens qui soutiennent, et les moments de fragilité que chacun peut connaître [1].
Ce que cette frontière produit
Cette frontière imaginaire a des effets très concrets. Elle peut conduire l'entourage à se tenir à distance, à ne pas savoir quoi dire, ou à ne pas vraiment entendre ce qui est exprimé. Elle peut aussi agir de l'intérieur. Lorsqu'une personne souffre, elle peut craindre d'être jugée, de déranger, de perdre la face, ou de ne plus être regardée de la même manière. Alors elle se tait. Elle garde pour elle ce qui devient trop lourd. Elle tarde à chercher de l'aide [4].
Pouvoir en parler
Reconnaître ce mécanisme est important. Ce n'est pas la souffrance psychique qui devrait faire honte. C'est le silence dans lequel elle est trop souvent tenue. Pouvoir en parler dans un cadre accueillant, sans jugement, permet parfois de desserrer cette honte et de redonner une place à ce qui n'avait pas encore pu se dire.
Parler de sa santé mentale n'est pas un aveu de faiblesse. C'est une manière de prendre soin de soi. C'est aussi une façon de rappeler que la vulnérabilité psychique ne concerne pas seulement les autres. Elle fait partie de l'expérience humaine [1].
Pour aller plus loin
[1] Aude Caria, Promouvoir une vision globale de la santé mentale, La Santé en action, Santé publique France, 2020.
[2] Jessica Ozenne, La stigmatisation en santé mentale dans le contexte de pandémie, L'information psychiatrique, 2021.
[3] Sarah Jones et al., Lutter contre la stigmatisation en santé mentale, Rhizome, 2024.
[4] Perrine Fromentin, Les freins à l'accès aux soins de santé mentale constatés par le Défenseur des droits, JDSAM, 2024.